Taiji ou la baie de la honte

Taiji ou la baie de la honte

Le  1 er septembre est très traditionnellement un jour de rentrée, malheureusement c’est également ce jour là  que commence la terrible chasse au rabattage des dauphins dans une petite baie perdue à l’autre bout du monde du nom de Taiji.

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Crédit photo: lesmoutounsenrages.fr

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Où se trouve Taiji ?

 

La baie de Taiji est située au bord de l’océan pacifique,  dans la préfecture de Wakayama au sud-est du Japon.

 

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Que se passe-t-il-sur place ?

 

À partir du 1er septembre, et pendant 6 mois, les pêcheurs japonais sont autorisés par leur gouvernement à rabattre des centaines de dauphins dans la baie sous couvert de tradition. Ils en tuent une partie et en sauvegarde une autre pour les revendre à des delphinariums. Leurs pratiques sont particulièrement barbares :

  • Harcèlement des dauphins.
  • Séparations des jeunes dauphins de leurs parents.
  • Sélection des plus beaux spécimens (qui seront revendus aux Delphinariums du monde entier).
  • Massacre de TOUS les autres dauphins pour leur viande.

 

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Source photo : cetacesetfaunemarine.wordpress.com

Je ne vous parlerais probablement pas de ces massacres aujourd’hui si un documentaire n’avait pas levé le voile sur cette tradition sordide : Il s’agit du film documentaire américain The Cove (La Baie),  réalisé en 2010 par un ancien photographe du National geographic, Louis Psihoyos, filmé secrètement en 2007 en utilisant des microphones sous-marins et des caméras de haute résolution camouflées en rochers (merci Wikipédia pour les infos !).

 

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Le film suit Ric O’Barry, ancien dresseur de dauphins devenu activiste, qui enquête sur la chasse aux dauphins à Taiji, au Japon.  Dans les années 1960, Ric O’Barry capture et dresse cinq dauphins sauvages qui joueront le rôle de Flipper dans la série télévisée éponyme. Cette série a un grand impact auprès du public et popularise l’image des dauphins. C’est à cette époque qu’un des dauphins commet une forme de suicide dans ses bras, ce qui provoquera une prise de conscience chez Ric. Depuis, il n’a cessé de se battre contre la captivité des cétacés et a notamment participé pendant 14 ans aux manifestations à Taiji à travers son association Dolphin Project, avant de se voir récemment interdit de territoire par le Japon (mauvaise presse, hein !).

[J’ouvre une toute petite parenthèse pour apporter un témoignage :  J’ai eu récemment l’opportunité de rencontrer  M. Ric O’Barry à Miami lors d’une manifestation pour libérer l’orque Lolita, détenue au MiamiSeaquarium. C’est un homme d’un certain âge à présent qui continue pourtant à se déplacer dans le monde entier pour montrer son opinion et faire changer celles des autres sur la captivité des cétacés. Il est resté, comme nous, plusieurs heures à tenir une pancarte sous le brûlant soleil de Miami. Après toutes ces années, son courage et sa détermination dans notre combat sont une vraie  source d’inspiration]

Le documentaire a reçu plusieurs récompenses à travers le monde, notamment l’Oscar du meilleur film documentaire en 2010. Il est distribué en France par Luc Besson. Voici sa bande annonce en VOST:

 

 

Depuis, de nombreuses associations de défense animale dénoncent cette tradition. En tête, Sea Shepherd Conservation Society, organisation internationale de protection des espèces marines, qui envoie régulièrement des activistes sur place pour protester et informer la population locale.

Vous pouvez lire ici le témoignage bouleversant d’une activiste qui s’est rendue sur place en 2012 pour protester contre ces massacres et a été le témoin de l’assassinat de 189 dauphins. J’admire son courage pour être rester sur place et témoigner des horreurs qu’elle a vues, j’en serais personnellement incapable sans faire une crise de nerfs.

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Source photo: dauphinnatuljon.com

Le quota de chasse a été établi à 1.820 cétacés pour 2016, ce qui inclue:

  • 134 dauphins du Pacifique à flancs blancs.
  • 450 dauphins bleus et blancs.
  • 414 dauphins Tursiops aduncus du Pacifique.
  • 400 dauphins tachetés.
  • 251 dauphins de Risso.
  • 101 globicéphales.
  • 70 fausses-orques.

 

D’après l’enquête du film, la chasse aux dauphins rapporterait aux pêcheurs jusqu’à 150 000 dollars par dauphin vendu vivant, ou 600 dollars par dauphin mort, ce qui en ferait la principale source de revenus pour l’économie locale. Les dauphins vivants sont ensuite revendus bien plus chers aux delphinariums.  Comme l’explique très justement l’organisation Sea Shepherd sur son site internet :

« Il existe un lien direct entre l’industrie des spectacles de dauphins en captivité et les eaux sanglantes de la baie de Taiji. Entre donner de l’argent pour assister à un spectacle de dauphins ou nager avec des dauphins dans un centre n’importe où dans le monde, et découper la chair d’un dauphin à Taiji, il n’y a pas vraiment de différence. C’est l’industrie des spectacles de dauphins qui fait perdurer cette chasse. L’abattage des dauphins l’accompagne. Tous ces dresseurs de mammifères marins bien intentionnés et les spectateurs des delphinariums, tous ont le sang de dauphins innocents sur les mains ».

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Source photo : Seashepherd.org

Quant aux dauphins tués sur place, leur viande est vendue sur le marché japonais pour la consommation. Cependant, les Japonais ont tendance à moins manger de la viande de dauphins qu’autrefois. De plus, il a été prouvé scientifiquement que cette viande est contaminée par de fort taux de mercure, nuisibles pour la santé (ce qui n’est jamais mentionné sur l’étiquette du produit).  Le gouvernement japonais agit donc de manière irresponsable quant à la santé de ses citoyens, ce qui devrait être dénoncer publiquement.

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Que pouvons-nous faire pour mettre fin à cette tradition ?

 

  • En premier lieu, ne pas aller voir de spectacles de dauphins dans les parcs marins ou tout autre espace qui propose une activité avec un dauphin –  Il y a de fortes chance que ce dauphin provienne des chasses de la baie de Taiji puisque les programmes de  reproduction de dauphins sont très difficiles à réaliser en captivité.
  • Vous informer le plus possible en lisant sur le sujet et en regardant des documentaires tels que « The Cove ». En étant bien informer, on est plus à même de discuter de ce problème avec son entourage et de convaincre d’autres personnes de se renseigner à leur tour pour ne pas se rendre dans des delphinariums.
  • Partager vos sources d’information (livres, vidéos, articles, etc…)  sur les réseaux sociaux pour toucher un maximum de monde.
  • Contacter l’Ambassade du Japon pour leur faire part de votre indignation face à cette barbarie. C’est en mettant la pression sur leur gouvernement que le changement s’opérera un jour. Vous pouvez leur écrire en cliquant ici.
  • Si vous êtes de passage au Japon, n’hésitez pas à parler de ce qu’il se passe dans la baie de Taiji à tout Japonais que vous pourrez croiser. La majorité d’entre eux n’est pas au courant, mais on voit,  petit à petit,  des groupes d’activistes  japonais commencer à se former pour protester à leur tour contre ces massacres. Vous pouvez également discuter avec eux des problèmes de santé qu’ils peuvent encourir en mangeant de la viande de dauphin.
  • Nous ne pouvons, bien évidemment, pas exiger de la population locale de ne plus chasser les dauphins sans aucune contrepartie car il en va de leur survie. Après tout, et sans jamais les excuser car leurs actes sont ignobles, ils ne sont que les pantins de l’industrie entière du divertissement animalier. Alors, comment les aider à trouver une alternative pour gagner leur vie sans avoir recours à ces massacres ? La question est ouverte, et je n’ai pas la prétention d’avoir la réponse. Je me permets cependant une suggestion : Peut-être que les pêcheurs pourraient se reconvertir dans le tourisme équitable, et emmener ainsi les touristes observer les dauphins dans leur environnement naturel ? Il est certain que, quoi qu’ils fassent pour sortir de ce cercle vicieux, ils ne gagneront très certainement plus jamais autant d’argent que lors de la chasse au rabattage. L’éducation devra donc jouer un rôle primordial pour qu’ils prennent pleinement conscience de leurs actes et acceptent simplement de ne plus poursuivre dans cette direction.

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Des lueurs d’espoir ?

 

  • Le Japon sera le pays organisateur des Jeux Olympiques pour l’été 2020 et ne souhaite pas de « mauvaise publicité ».  Est-ce que ce sera enfin la bonne occasion pour mettre un terme à la chasse aux dauphins dans la baie de Taiji ? L’avenir le dira, mais personnellement, j’attends que cela arrive avant 2020… et vous ?
  • Localement, le maire de Taiji s’est entretenu récemment avec un groupe d’activistes de Dolphin Project (dont une jeune fille de 7 ans venue défendre la cause des dauphins  au Japon pour la troisième fois  !). J’ai été agréablement surprise, tout comme eux d’ailleurs, de constater que ce maire souhaite justement faire évoluer son village vers de l’écotourisme. Plus d’information ici (en anglais). Nous ne sommes qu’au début du changement, mais le vent tourne peut-être enfin…

 

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Quelques sites internet pour vous informer :

 

http://www.seashepherd.fr/

http://www.notre-planete.info/actualites/actu_2446_dauphins_massacre_Japon.php

http://www.maxisciences.com/dauphin/le-japon-sanctionne-un-pas-prometteur-vers-la-fin-de-la-chasse-aux-dauphins-a-taiji_art34776.html

Et un article récent dans le journal Nouvel Observateur écrit par Julie Labille , une militante qui partage mon combat pour la libération des cétacés captifs et la fin des massacres de dauphins à Taiji. Merci Julie !

 

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Dauphins libres. Source photo : Nageraveclesdauphins.fr

∼ C’est ensemble que nous pouvons faire une différence, partagez l’information svp, merci ! ∼

 

 

 

 

 

5 réactions au sujet de « Taiji ou la baie de la honte »

    1. Bonjour Virginie,
      Merci pour ton message et pour le partage de l’article.
      Il faut continuer encore et toujours à diffuser l’information.
      À bientôt !

  1. Bonjour Bertille,

    J’ai lu avec bcp de plaisir une grande partie de ton blog. Je partage ta sensibilité (faible mot) pour la cause animale. Je ne connaissais pas ce massacre des dauphins, mais il fait écho à ce qu’il se passe dans les îles Féroé avec la chasse aux globicéphales (même la question économique semble moins importante pour les féringiens). Merci pour ces informations, malheureusement le militantisme a encore de beaux jours devant lui pour lutter contre tout ça !

    1. Bonjour Emmanuelle,

      Je te remercie pour ton commentaire (et pour avoir aussi lu une bonne partie du blog !)
      Effectivement, ce qu’il se passe à Taiji & aux îles Féroé est similaire.
      Nous sommes de plus en plus nombreux à en parler, et, à force, le bouche à oreille fait son travail : sensibiliser à la cause, ce qui est essentiel pour venir à bout du système. Plus on sera éduqué, moins on ira voir ces spectacles inutiles dans les parcs marins, et les dauphins ne seront plus harcelés pour être revendus (dans mon monde idéal).
      Il reste cependant le problème de la consommation de leur viande, ce qui semble plus compliqué à mettre en place (campagnes d’informations locales peut-être ?)
      En tous cas, merci de t’impliquer en t’informant, et n’hésite pas à partager avec ton entourage.

      À bientôt peut-être !

  2. Je connaissais ce phénomène mais pas ce documentaire, je vais m’empresser de le regarder pour en apprendre plus même si je me demande si je vais réussir à le regarder en entier… Merci pour la découverte ! 🙂 C’est vrai qu’il faut en parler aux jeunes de ces pays -là, ils sont encore moins informés que nous, c’était la même chose pour le festival de la viande de chien de Yulin, la plupart de mes amis chinois n’étaient pas au courant… C’est une bonne chose si le maire de Taiji veut du changement, c’est un bon départ 🙂

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