Blackfish (ou l’orque tueuse)

Blackfish (ou l’orque tueuse)

Les spectacles de cétacés captifs ne m’ont jamais intéressée, mais j’ai été tout particulièrement sensibilisée sur leurs conditions de captivité par le documentaire américain Blackfish.

Ce documentaire a été réalisé par Gabriela Cowperthwaite et est sorti en 2013 aux États-Unis. Il se centre sur la vie de l’orque Tilikum, tristement célèbre pour avoir tué 3 personnes (1 inconnu et 2 de ses  dresseurs) et qui, malgré cela, est toujours en activité.

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∼ Qui est Tilikum  ? ∼

 

Il s’agit d’une orque d’environ 35 ans qui a été capturée en 1983 en Islande. Tilikum mesure un peu moins de 7 mètres de long et il pèse plus de 5 tonnes. Il est considéré à ce jour comme la plus grosse orque en captivité. Il est reconnaissable par sa nageoire dorsale recourbée sur le côté gauche, signe d’une longue captivité. La scène qui m’a probablement le plus marquée dans le documentaire est celle  de la séparation brutale de Tilikum avec sa mère qui fut filmée à l’époque (il avait environ 2 ans). Les cris de la mère sont tout simplement bouleversants, et j’en ai encore des frissons en y repensant. Depuis cette séparation, Tilikum a vécu dans 2  parcs marins  :

  • À Sealand of the Pacific, un delphinarium public situé au Canada où l’orque restera 8 ans jusqu’à la fermeture du parc en 1992.
    Les nuits, il est enfermé dans une « boîte en fer flottante » de six mètres de long et neuf mètres de profondeur, avec deux autres femelles. Durant cette période, il est régulièrement attaqué et blessé jusqu’au sang par ses deux congénères. Plus de détails sur cette période ici. Tilikum est en partie responsable de la fermeture de ce parc après qu’il eut attaqué l’une de ses soigneuses,  Keltie Byrne, avec l’aide des autres orques  présentes (cette soigneuse est décédée à la suite de l’accident).
  • À SeaWorld Orlando,  un des nombreux parcs à thème de la ville d’Orlando en Floride, où Tilikum fut transféré en 1992 et où il réside encore aujourd’hui.  Tilikum fut l’orque star de Seaworld et leur mâle reproducteur pendant des années. Son sperme a ainsi été récupéré à de nombreuses reprises par ses soigneurs et fut implanté chez les femelles orques du parc. Tilikum est devenu le père de 21 orques, dont presque la moitié est décédée (11), et 54 % des orques de Seaworld sont ses descendants.

Tout aurait pu donc aller bien dans le monde merveilleux de Seaworld si Tilikum ne s’était pas rebellé de nouveau :

  1. En 1999,  un homme un peu dérangé passe la nuit dans le parc illégalement dans le but de se rapprocher du bassin de Tilikum. Son corps nu fut retrouvé le lendemain dans ce même bassin, Tilikum l’ayant très probablement agressé.
  2. En 2010, l’orque s’est attaquée violemment à sa dresseuse, Dawn Brancheau, à la fin d’un spectacle.

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Dan Brancheau avec Tilikum. Crédit photo : Corbis.

Les versions du parc et des témoins divergent, évidemment : 

  • Le parc affirme que la dresseuse aurait fait l’erreur de porter une queue de cheval ce jour là, ce qui aurait particulièrement exciter l’orque et causé l’agression.
  • Cependant, les vidéos et les témoignages du public présent ce jour là contredisent fortement cette version. L’orque aurait attaquée sa dresseuse à deux reprises au moins,  sans raison apparente, puis finalement attrapé son bras pour ne plus le lâcher (les secours ont d’ailleurs récupéré le bras disloqué). Dan Brancheau était déjà décédée à ce moment là.

Ce décès fut fortement médiatisé à l’époque et a choqué les américains, incrédules face à cette tragédie ayant lieu dans un de leurs parcs préférés. Ce fut le premier pas vers une prise de conscience (c’est bien triste d’en être arriver là pour que les choses commencent à changer…).

 Suite à l’enquête qui eut lieu sur la mort de la dresseuse, l’Occupational Safety and Health Administration (OSHA) a condamné SeaWorld à 75 000 dollars d’amende pour manquement à la sécurité. L’OSHA a estimé que SeaWorld avait délibérément enfreint les règles de sécurité en mettant directement en contact les dresseurs et les orques.  Seaworld a fait appel en 2011 mais la condamnation fut confirmée (amende toutefois réduite).

 Tilikum a de nouveau fait parti des spectacles à la suite de cet accident mortel, comme si de rien n’était.

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Crédit photo: news.nationalgeographic.com

Malheureusement pour Seaworld,  la santé de Tilikum s’est gravement détériorée depuis début 2016. L’orque aurait en effet attrapé une infection pulmonaire d’origine bactérienne difficile à soigner. Le parc a fait savoir que le pronostic vital de Tilikum était engagé, mais les communiqués se faisant rares, le public n’a pas obtenu de ses nouvelles depuis déjà quelques semaines. Je mettrai bien évidemment cet article à jour au fur et à mesure. MAJ Mai 2017 : Tilikum nous a malheureusement quittés début 2017 des suites de sa longue maladie. Nous ne l’oublierons pas, et le combat continue pour la libération de tous les cétacés captifs.

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∼  Impact de Blackfish ∼

 

Comme vous pouvez l’imaginer,  si ce documentaire a été révélateur pour moi, j’ai été très loin d’être la seule touchée. Voici les retombées principales selon moi :

  • Blackfish a permis d’ouvrir grand les yeux sur l’envers du décor des parcs marins, et plus précisément du géant parc américain Seaworld dont les recettes sont en chute libre depuis la sortie du documentaire (15,9 millions de dollars de perte à la suite de la diffusion du film selon le parc). Le public prend donc peu à peu conscience des conséquences de la captivité chez les mammifères marins et décide qu’il ne souhaite plus participer à ce système. Cependant, il reste encore beaucoup trop de visiteurs dans ces parcs, notamment les familles pensant offrir un beau moment à leurs enfants. Il faut donc poursuivre le combat et diffuser l’information au maximum autour de vous.

 

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Source : www.seaworldofhurt.com

  • Suite au documentaire, de nombreux groupes musicaux américains ont pris la décision d’annuler leurs participations à un festival organisé par Seaworld en 2014 (par exemple : The Beach Boys et Willie Nelson). De manière générale, les célébrités s’engagent depuis plus ouvertement en faveur de la libération des cétacés captifs.  Merci à eux.
  • Au niveau politique, on note également des avancées puisqu’en 2014, un élu californien a proposé une loi de « bien être et de sécurité de l’orque » (The Orca Welfare and Safety Act). Le texte de loi, proposé par le démocrate Richard Bloom, prévoyait de rendre illégale la captivité des orques qui apparaissent dans des spectacles, ainsi que la pêche des animaux sauvages et leur reproduction en captivité. Les orques qui ne pourraient être relâchées dans la nature (notamment parce qu’elles ont vécu toute leur vie dans un bassin ou sont trop vieilles), seraient placées dans des enclos en mer, voire gardées dans les parcs où elles se trouvent, à condition qu’elles ne prennent plus part aux spectacles. Le projet de loi a été malheureusement repoussé, mais on peut tout de même saluer cette prise de position politique.
  • Suite à toute cette polémique, une réelle action a récemment eu lieu en 2015 : l’État de Californie a, en effet, exigé l’arrêt de la reproduction, les transferts, la vente et les échanges des orques. Tout cela en contrepartie d’une aide financière au parc aquatique pour l’agrandissement des piscines où les animaux évoluent (88 millions d’euros).

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Projet de sanctuaire marin pour les dauphins de l’Aquarium de Baltimore. Crédit : Studio Gang.

Pour voir la bande annonce de Blackfish en Français, cliquer ici.

Voici les dates de diffusion par Arte :

  • samedi 02 juillet, à 20h50
  • mardi 05 juillet, à 9h25
  • mercredi 20 juillet, à 9h20

Si vous n’avez pas eu l’opportunité de voir le documentaire à l’une de ces dates, n’hésitez pas à me contacter en privé pour que je vous donne une alternative (je n’en dirai pas plus…).

Soyez nombreux à (re)découvrir ce documentaire choc !

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Capture d’écran de Blackfish.

 

Bon visionnage ! (et n’oubliez pas de partagez l’information, merci 🙂 )

 

 

6 réactions au sujet de « Blackfish (ou l’orque tueuse) »

    1. Merci Mathilde !
      Si, j’ai un compte Twitter mais je nel’utilise pas trop (je crois que je ne suis pas encore au point avec cet outil 😉 )

    1. Merci Virginie !
      N’hésite pas à partager ce billet avec qui tu le souhaites pour convaincre 😉
      Je continuerai à parler régulièrement de cette cause sur mon blog.

  1. il est plus que temps de légiférer par rapport à la capture de ces magnifiques animaux, leur place n’est pas dans des piscines de pacotilles étriquées, ou ils sont condamnés à mourir…seuls et malades….rien que de visionner la façon dont ces orques sont arrachées à leur clan est une véritable ignominie…à défaut de pouvoir de les rendre toutes à l »océan, qui est leur vraie place, qu’on offre une fin de vie décente aux plus âgées, qui ne survivront pas hors captivité…pareil pour les dauphins et autres cétacés, surexploités jusqu’à l »overdose….ceci dit, il faut saluer l’initiative de l’aquarium de Baltimore, en espérant que leur démarche soit suivie par les autres parcs animaliers…la nature nous a offert toute cette richesse aquatique, tellement belle à voir évoluer dans tout les océans du globe, ce n’est pas pour finir dans des bocaux, comme des petits poissons rouges, pour « amuser » des gens qui n’ont aucune conscience de l’enfer que ces mammifères vivent au quotidien…on leur a tout pris, leur famille, leur vie et leur liberté, si on ne sait pas leur rendre ce qui leur revient de droit, qu’on fasse amende honorable en empêchant et en interdisant la capture de ces créatures conditionnées à vivre dans de grands espaces, pas dans des baignoires….

    1. Merci pour ton commentaire tracassin. Les choses bougent, trop doucement pour les amoureux des animaux que nous sommes, mais c’est toujours mieux que rien. Il faut continuer à partager nos informations pour toucher le plus grand nombre.

      J’ai vu un projet d’ouverture de delphinarium en Arizona, il va falloir lutter fort pour que ça ne se réalise pas !

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